Reportage d'Alizée, concert de Bruxelles, le 14 février 2026
Et si je vous disais que tout a commencé par une histoire de chaussures ?
Buffalo roses en velours vegan. La discrétion incarnée dans une paire de pompes.
La veille dans la file d’attente une inconnue me dévisage et me dit Elles sont incroyables, je peux les prendre en photo ?! Et ça, ça aurait pu signer la fin de l’histoire. Mais le lendemain, cette inconnue porte des Buffalo noires et un prénom : Thaïs. On se retrouve toutes les deux, le lendemain devant l’entrée G, par le plus heureux des hasards. Nous sommes devenues Indo Reportrices.
479 candidatures. 1 tirage au sort. 2 chances.
Go.
En réalité, un concert d’Indochine commence bien avant la première note, dans l’ombre des techniciens et techniciennes qui s’accordent comme une partition parfaitement écrite. Afin que le show se déroule sans anicroche. La dizaine de camion rouge arrive. On décharge et installe. On parle bas, on vérifie, on teste. On ajuste. Tout démarre quand la salle est encore vide. Précisément, plusieurs jours plus tôt, sans ces presque 15 000 spectatrices et spectateurs.
Le concert est évolutif. Il ne s’agit pas du même show entre les premiers concerts d’il y a un an, au début de la tournée. Quoi ? Faut bien justifier le nombre de concerts faits ! Le spectacle s’améliore, encore et encore, au fil du temps. Depuis quelques dates, nous avons droit à deux scènes C (les scènes mobiles utilisées pendant le set acoustique, durant lequel 2 à 3 chansons sont jouées). Pourquoi ? Pour mieux équilibrer l’espace, pour donner encore plus au public : d’un côté Boris, et de l’autre Nicola. Et visuellement : cela rend encore mieux, c’est juste beau.
On entre.
L’air dans lequel nous pénétrons avec Antony, à l’intérieur de l’ING Arena, porte une odeur de cèdre. Rassurante. Un encens discret, (Coucou Esteban) presque apaisant, qui se mélange à celle du métal, des câbles et de la scène encore froide. La salle respire et se réchauffe doucement, comme si elle prenait son élan pour donner son meilleur spectacle.
Chaque concert s’adapte à la salle.
Ici à Bruxelles, l’espace de la salle s’accorde si bien avec le dispositif lumineux, que nous sommes enveloppé(e)s par la lumière. En effet, au-dessus de nous, un plafond en arc de cercle se prépare à devenir un ciel. Porteur de messages. La Nova. 12 000 leds. Une architecture pensée pour envelopper, pas seulement éclairer. Il s’agit d’une technologie innovante, créée par une société canadienne, pour la première fois sur une idée originale de Nicola Sirkis.
Nous ne sommes pas sans savoir qu’il souhaite toujours évoluer et surprendre son public. Les risques sont pris, frappent forts, et marquent les esprits. L’ambiance du concert se joue, sans surprise, dans les moindres détails. Quand la fumée commence à s’échapper lentement dès le début d’après-midi, pour donner une texture à la lumière. Que les lumières deviennent des faisceaux lumineux conducteurs. Quand le sol vient d’être patiné, encore légèrement humide sous les semelles, pour que la lumière puisse s’échapper parfaitement des LEDs, de l’écran géant, des deux scènes et de l’avancée.
Aussi, 130 kilos de confettis attendent dans l’ombre. Personne ne les voit encore… En revanche, nous repartirons avec, plein les cheveux et plein les poches. Cherchez bien, il y en a encore forcément dans votre voiture ou dans vos toilettes, c’est certain, c’est du vécu ! Personne ne les voit, mais ils sont en place, ces confettis, attendant leur heure de gloire. Comme les 120 flight cases de l’écran géant. Comme les trois camions nécessaires pour le transporter. (Sur les dizaines d’autres).
Comme les capteurs qui suivront les mouvements sur scène pour que la lumière accompagne chaque geste, chaque membre du groupe. Comme les guitares que l’on accorde, déplace, remplace. Il y en a tout un tas. D’ailleurs, certains ont donné des petits noms ! Vous aussi vous donnez des noms à certains objets, mentez pas, on le sait ! En autre, Nicola a nommé Rainbow, sa guitare devenue phare depuis Le Chant des Cygnes. Cette guitare est d’ailleurs utilisée uniquement sur cette musique, ainsi qu’En route vers le futur. Petite anecdote pour briller en société.
Tout est déjà en place. Mais rien n’est encore visible.
On nous explique la précision du montage : un jour et demi à installer l’ensemble. Plus ou moins. Des nacelles pour atteindre la hauteur, c’est que c’est haut de plafond un arena ! Les salles sont choisies pour leur capacité à accueillir cette démesure : au moins 7 000 places, sinon rien. Malgré toutes ces contraintes, une cohérence toujours pensée entre le prix du billet et ce que le public va recevoir. Toujours alignée avec le credo scandé depuis des années par le groupe : la culture et des concerts accessibles !
L’idée d’une immersion totale est là, inspirée des plus grands spectacles, mais réinventée. Pendant tout ce temps avec Thaïs, nous observons tout. Sans nous presser. Nous marchons et découvrons ce décor avec émerveillement, comme Elfe dans le monde à l’envers. À la différence que ce monde à l’envers lui, est plutôt merveilleux, truffé d’odeurs agréables et de lumières.
Puis, les garçons arrivent sur scène et se préparent pour les répétitions qui dureront environ 45 minutes. Les images, les lumières et les sonorités se mettent en place comme un rouage délicat.
Voici venir Gang Bang, spécialement rejouée ce soir-là pour la Saint-Valentin. La musique résonne dans une salle encore vide, et c’est une sensation étrange. Privilégiée, ça, on le sait.
Et puis il y a la surprise : Okinawa.
Quand j’étais petite (je ne vous dévoilerai pas mon grand âge), c’était notre musique préférée, à ma meilleure amie Marie et moi. Je suis d’autant plus touchée et émue de l’entendre. Le hasard est parfois étonnant. Personne ne s’y attend à celle-là ! Sur l’écran géant apparaissent des images d’archives japonaises en noir et blanc. Des fragments de paysages, de visages, de mémoire. La musique, jamais entendue et remasterisée, se déploie lentement dans la salle.
Nous nous regardons à peine avec Thaïs. Nous savons que nous assistons à quelque chose de rare. C’est la fin, le silence revient. Comme si la salle gardait le secret, encore pour quelques heures. Puis, Le Dernier Jour. Le morceau qui fermera la nuit !
Cela ravive des souvenirs de la tournée Meteor tour, que j’ai pu faire malgré que je sois mineure… RIP mon argent de poche. Tournée sur laquelle je traînais ma mère de force. Bien évidemment, je n’avais pas le permis ! Je crois qu’elle s’en est bien remise puisqu’elle m’accompagne encore quelquefois aujourd’hui.
À 18h, j’irai chercher Méline, mon acolyte, ma binôme. Elle découvrira avec ses yeux remplis de joie (je crois?), la salle vide et prête à accueillir les fans. À 18h30, la salle se remplira et la chaleur humaine remplacera l’air frais de l’après-midi. Les bracelets s’allumeront. Le plafond deviendra constellation. Mais pour l’instant, il y a cette suspension.
Nous sommes 4, dans cette salle immensément vide. Thaïs et sa binôme, Méline et moi. Nous avons choisi de passer le concert toutes les 4, proches de la scène B, au centre de tout. Lou enflamme la salle avec sa première partie. Un show plein de bienveillance et de sons électros bien choisis.
Puis vient la rencontre.
Une dizaine de minutes qui passent comme un éclair. Mais tout est simple, fluide, naturel. (C’était mon ressenti en tous cas !). Le groupe est accueillant, souriant, détendu et nous aussi ! On échange quelques mots, quelques rires. Un moment humain, presque léger, à quelques minutes d’une prestation jouée devant des milliers de personnes.
Puis nous les accompagnons à l’arrière de la scène.
C’est un endroit que le public ne voit jamais et qu’on retrouve pour la deuxième fois de la journée avec un énorme plaisir. Un espace presque calme, à quelques mètres seulement de la foule qui se languit. Avec Thaïs on prend nos places, pour observer sans déranger. On se fait le plus discrètes possibles. On adore ce moment. Les musiciens se préparent. Ils plaisantent avec les techniciens, échangent quelques mots avec Emilie, la manager.
L’ambiance est étonnamment détendue, presque familiale. Plus loin, Nicola est dans une petite loge improvisée. (Impossible à prendre en photo, mais que nous avons pu apercevoir). À ses côtés, Patricia, sa coiffeuse. Pour les derniers ajustements. Pour les derniers gestes précis avant la scène. Puis vient le moment. Il prend sa guitare et rejoint enfin la scène par les escaliers dissimulés aux yeux de la foule.
Voir ce moment-là est peut-être l’un des plus fascinants. Ce passage invisible entre les coulisses et la scène.
Entre la tranquillité de l’arrière et l’explosion qui attend de l’autre côté. Puis la musique viendra, accompagnée des presque 15 000 voix. Les lumières en mouvement et les confettis libérés, pour le plus grand bonheur de nos cheveux.
Bien plus tard encore, quand tout sera terminé, d’autres mains prendront le relais. De 23h30 jusqu’au cœur de la nuit, il faudra nettoyer, démonter, rendre la salle à son silence initial. Comme si rien ne s’était passé… Comme si tout pouvait recommencer ailleurs, dès le lendemain. Oh wait, mais c’est le cas ! Pas de fatigue pour les braves !
J’attendais cette journée depuis 22 ans (ça rajeunit pas). J’ai pu regarder. Écouter. Comprendre. Respirer l’odeur du cèdre et de la scène. Observer ce monde précis, minutieux, presque invisible.
Maintenant je sais ce qu’il y a avant la musique.
Alizée